Bonne Foy.la Parole

June 10, 2018 | Author: Morteza Khakshoor | Category: Poetry, Rhetoric, Philosophical Science, Science


Comments



Description

La Parole ( biblique ) , et la Poésie selon Yves BonnefoyPour comprendre l’intérêt de la poésie, dans une recherche spirituelle, il n’est que d’essayer de suivre cette expérience avec Yves Bonnefoy ( par exemple…, en effet il s’en explique …) : Si le poète dit refuser l’esthétisme, c’est pour ne pas enfermer le poème sur lui-même : « "La part esthétique, dans le poème, c'est l'occasion qui deviendrait la faute si on lui sacrifiait la vérité" A lire: Introduction à la lecture de l'oeuvre d'Yves Bonnefoy ici: http://www.maulpoix.net/Oeuvre%20de%20Bonnefoy.htm par Jean-Michel Maulpoix: Il y a, à mon avis, dans la définition même que fait Yves Bonnefoy de la poésie ; une tentative de réponse sur la spiritualité de la Parole dans le catholicisme : La poésie « n'est nullement une forme de la pensée, avec comme toute pensée un souci de la vérité. Non, la poésie n'est pas, dans la profondeur des poèmes, la formulation, soit directement conceptuelle, soit symbolique ou allégorique, d'une vérité de la vie ou de l'être au monde. Et elle n'est même pas la sorte d'écriture qui permettrait de dire mieux que les autres les pensées de notre vie quotidienne. Il y a bien des pensées, dans les poèmes, c'est l'évidence même, et souvent des pensées de grande portée, mais ce sont là des pensées propres au poème, à son auteur, non ce que voudrait le poétique en son être à lui. ( …) « Le langage, c'est assurément pour communiquer, et la parole, cela porte alors de la signification, de la signification conceptuelle, mais la poésie, c'est pour rendre aux mots dont cet emploi conceptuel prive qui s'y prête d'avoir plein rapport aux choses, disons l'arbre en toutes ses branches, toutes ses feuilles, et en sa place ici, maintenant, à ce détour du chemin - cette capacité de susciter des présences que la signification, et sa pensée, abolissent. Et que fait-elle, alors, la poésie ? Elle tente de réveiller ces présences dormantes sous les concepts, ce qui nous rend présents à nous-mêmes, qui alors ne sommes plus dans l'espace de la matière mais dans un lieu, elle substitue ce lieu au dehors du monde, elle fait de ce dehors une terre. La poésie n'est pas un dire, mais un déblaiement, une instauration. En cela le même silence que dans le maçon d'autrefois qui triait les pierres, les soupesait, les rapprochait les unes des autres dans la courbe du mur s'orientant vers la clef de voûte. » » interview dans l’Express le 22/11/2010 Dans son essai sur Balthus (L'Improbable, 40) Yves Bonnefoy écrit : "Nous sommes des Occidentaux et cela ne se renie pas. Nous avons mangé de l'arbre de science, et cela ne se renie pas. Et loin de rêver d'une guérison de ce que nous sommes, c'est dans notre intellectualité définitive qu'il faut réinventer la présence qui est salut." O poésie, Je ne puis m'empêcher de te nommer Par ton nom que l'on n'aime plus parmi ceux qui errent Aujourd'hui dans les ruines de la parole. […] (…) Je sais que tu seras, même de nuit (…) La première parole après le long silence, Le premier feu à prendre au bas du monde mort. » Les Planches courbes (2001)  Qu'est-ce que la parole poétique pour Yves Bonnefoy samedi 29 septembre 2012, par René BARBIER DANS LA MEME RUBRIQUE : Introduction à la thèse L'UNIVERSITE POPULAIRE QUART MONDE, LA CONSTRUCTION DU SAVOIR EMANCIPATOIRE Lettre à un ami tunisien en 2011 Résumé de mon Habilitation à diriger les recherches (1991) La musique selon Gilles Deleuze Rien fait son nid Épitaphe Du silence pour quelques je ne suis pas poète heures de printemps. Réflexion sur un film récent et sur la fin de vie De la sagesse Actualité de l' Institut Supérieur des Sagesses du Monde (ISSM) en 2012-2013 Trois dictionnaires pour travailler en ligne René BARBIER Page personnelle de René Barbier Pierre Bourdieu (1) (Sociology is a Martial Art - (4) de Pierre Carles, You Tube 2009, en retentissement à un texte de Jean-Luc Godard qu'il ne comprend pas. Le grand poète Yves Bonnefoy dans une conférence à l'Université de tous les savoirs, le 17 novembre 2000, nous introduit à la problématique de la "parole poétique". Il en montre la diversité, souvent paradoxale chez des auteurs aussi différents que François Villon et Stéphane Mallarmé, entre Homère et Antonin Artaud. Yves Bonnefoy va directement au plus profond du sens poétique qui aborde le temps vécu comme un minerai essentiel. La pensée purement conceptuelle nous détourne de notre désir d'aimer et nous conduit vers un univers dont l'énigme semble être gommé, en particulier la spécificité du sens vécu de la mort. Comme je l'ai écrit un jour : Fourcade Les six valeurs de l'engagement éducatif du CIRPP La poésie tente de penser et de parler autrement. Hier il était avec nous à . Conseiller scientifique du Centre d'Innovation et de Recherche en Pédagogie de Paris CIRPP. Et au nom de tous. Le poème anciennement fut une forme repliée dans des règles exigeantes. Membre du Conseil d'administration du Centre International de Recherches et d'Etudes Transdisciplinaires (CIRET) Je n'ai jamais été vraiment qu'un poète Le dos courbé sous le poids des concepts Et quand j'ai mis le feu à mon vocabulaire Une image a jailli Gazelle De cet enfer Entretien sur le CIRPP avec F. YVES BONNEFOY : LA QUESTION DE LA POÉSIE CHEZ HOFMANNSTHAL Présentation de Yves Bonnefoy. par Patrick Werly © Claude Menninger Yves Bonnefoy nous fait aujourd’hui l’honneur et l’amitié de venir nous parler de Hofmannsthal.Professeur émérite des universités en Sciences de l'éducation (université Paris 8) Fondateur de l'Institut Supérieur des Sagesses du Monde (ISSM) en ligne. je l’en remercie chaleureusement.(CCIP). Forme imprimée dans la parole et lui imposant une sorte de carcan tout en lui donnant une spécificité langagière par rapport à la prose. qui a su très tôt que la grande affaire de sa vie serait la poésie. C’est le deuxième moment dont je parlais. Il faudrait évoquer ici ses récits. comme le remarquait Walter Benjamin. Et ce n’est pas un hasard s’il va être question de la « Lettre de Lord Chandos ». revivifiée. Ce qui fait d’Yves Bonnefoy un poète cardinal pour notre époque. cet âge qui tend à être celui de l’information plus que de la narration. d’une œuvre poétique. il ne laisse qu’une trace. La poésie. du dialogue en présence. l’un des textes du 20e siècle les plus conscients de la précarité de la poésie dans la modernité. celui qui nous vaut aujourd’hui cette conférence sur Hofmannsthal. est essentiel pour Yves Bonnefoy : de même que la poésie demande à être pensée pour ne pas se confondre avec une image trop facile d’elle-même. avec une mauvaise simplicité. elle y gagne une sorte de simplicité seconde. le lieu où se cristallise toute l’entreprise poétique. il disparaît. Et je ne pense pas me tromper en disant que ce moment. non pas par souci rhétorique. ce ne sont pas des formes ni des thèmes. ses travaux d’historien de l’art. son enseignement universitaire. On sait bien que certains chemins détournés rapprochent du centre et personne ne niera que Hofmannsthal comme Yves Bonnefoy en savent long sur les chemins. il y a une continuité entre la parole poétique et sa reprise dans la réflexion critique (ce qui n’est pas toujours le cas. D’où le fait qu’elle soit l’affaire d’une vie . . je me contenterai de souligner que ces trois moments ne montrent pas seulement son attachement à l’université mais qu’ils représentent trois moments essentiels. elle relèverait d’un genre. J’ai évoqué un troisième moment. sa présence ici. d’où le fait aussi que la préoccupation de la poésie soit présente dans d’autres textes que les poèmes. aujourd’hui. de façon générale. Il faut donc plutôt considérer le poème comme l’écume de cette vague qui avance tout au long d’une existence : il se forme sur la crête où la parole se métamorphose. qui n’est rien en soi. c’est un acte. mais parce que cette fin de semaine permettra effectivement trois rencontres distinctes. malheureusement. qui est bénéfique à la parole. Dans notre âge où le discours prolifère sous toutes ses formes (mot ou image. le confirme avec éloquence. C’est celui de la table-ronde de demain. c’est un moment de passage. dans la critique universitaire). nous dit Yves Bonnefoy. dans certaines conditions. sont de plain-pied avec le projet de la poésie et ne sont pas seulement ce qu’on pourrait appeler un métalangage. Yves Bonnefoy n’est évidemment pas un poète de la tour d’ivoire. d’une région de la littérature. mais pour Yves Bonnefoy. elle ne se distinguerait pas de la littérature. ses nombreux textes critiques. Et il est donc précaire. sauf à être reprise. Je n’aurai pas la prétention de présenter son œuvre en quelques minutes. le moment critique. Yves Bonnefoy nous apprend à mieux distinguer de ces discours ambiants le moment proprement poétique. ou plus précisément d’une existence placée sous le signe de la poésie. c’est qu’il a une conscience des plus aiguës des risques que court la poésie si elle n’accepte pas de se soumettre à ce travail de discrimination.l’université pour lire quelques uns de ses poèmes et demain il participera à une table-ronde. Voilà pourquoi la réflexion de Hofmannsthal sur le silence qui menace la parole poétique. qui est du reste le sens étymologique du mot critique. Le premier moment est bien sûr celui du poème. il est en quelque sorte le point d’intersection entre l’existence et la parole qui peut être adressée aux autres. c’est-à-dire le moment du dialogue. mais que. elle ne peut être enclose dans la forme du poème : si c’était le cas. et celle d’Yves Bonnefoy sur cette poétique d’un grand penseur européen. Or la poésie est bien le projet de toute une vie. et peut-être indissociables. de même elle gagne à être approchée de plus près par le dialogue avec les autres. et si on cesse de le mettre en œuvre. Et il n’est pas très difficile de comprendre pourquoi elles sont indissociables : la poésie court le risque de se dissoudre dans la littérature si rien n’est fait pour rappeler et affirmer quelle est sa vocation très particulière parmi les mille formes que prend la parole. avec ses formes et ses thèmes. Je n’irai pas jusqu’à dire que la critique puisse elle aussi être de la poésie. peu importe ici). Beaucoup de façons donc d'être poète. à nous qui les reconnaissons sans hésiter. Existe-t-il une unité de l'objet de cette réflexion. il passe par nombre de voix. il aurait pris appuie sur la révolte. et il s'y livra d'ailleurs. Le langage est un monde presque infini. où un coup de dé n'a jamais aboli le hasard. sur la dénonciation des hypocrisies et des démissions de la société. il existe au sein de notre parole une expérience fondamentale enracinée si profond sous l'emploi des mots qu'elle peut assurer une spécificité authentiquement commune aux manifestations de la poésie. Quelle ressemblance y a-t-il entre un poème de François Villon. «Présences cachées» 22 novembre 2011 Par Demandre Et quelle énigme un lieu … Que saisir sinon qui s’échappe. d'indiquer ? Il est certain que sous ce nom de « poésie » se présente. Si cela avait été Rimbaud qui se fut donné la tache devant ses contemporains de définir la poésie.La parole poétique Une réflexion sur la poésie. Que voir sinon qui s’obscurcit. beaucoup de pensées qui ne se raccordent pas. des oeuvres ou des actions d'apparences souvent diverses ou contradictoires. il aurait défini le poème comme une transgression des valeurs et des habitudes qui emprisonnent et appauvrissent la vie des individus. . mais constater cela ce n'est nullement cautionner l'idée d'une pluralité de l'intuition poétique. il aurait au contraire porté ses yeux aussi loin que possible de la personne particulière. ce quelle est. Que désirer sinon qui meurt. Il ne faut pas oublier non plus les circonstances historiques qui imposent aux poètes des priorités bien vite changeantes dans l'appréhension des urgences et l'interprétation de la société. entre la majesté sereine du texte de l'Odyssée ou les cris d'Antonin Artaud. Si cela avait été Mallarmé. Yves Bonnefoy. qui forma ce même projet. unité qu'il est nécessaire de rappeler. Les formes de la poésie diffèrent vraiment à l'extrême à première vue. La pensée et le sentiment peuvent cheminer vers un même centre. ce qu'elle devrait être. Toutefois. Parler un instant d’Y. des propos sur la poésie et sur la poétique.Sinon qui parle et se déchire ? Parole proche de moi Que chercher sinon ton silence.Mercure de France 1953 ) On ne présente plus Yves Bonnefoy. Parole jetée matérielle Sur l’origine et la nuit ? (Du mouvement et de l’immobilité de Douve . biographe de Giacometti et successeur de Paul Valéry au Collège de France. Bonnefois. né à Tours en 1923. mais aussi celle de l’essayiste de la littérature et de l’art. c’est parler d’une langue au plus près des choses du monde. Quelle lueur sinon profonde Ta conscience ensevelie. de l’eau. il vit à Paris et qu’il est un des plus grands poètes français contemporains. De si près que le concept qu’évoque un mot se dissoudrait avec la main qu’on plonge dans l’eau pour être l’eau.est cet instant-là où les mots se dénouent pour exister dans l’éclair. de la neige – la grande neige – du puits. Il est aussi un des grands traducteurs de Shakespeare. L’Heure présente . des ronces autour d’un jardin qui est le lieu ou d’une maison qui est le seuil. On redira seulement que. une seconde aussi fugace que le courant qui la noue. de 1981 à 1993. à la chaire d’études comparées de la fonction poétique.le récent livre de poèmes qu’il publie au Mercure de France en 2011 . . Son œuvre poétique est vaste. quelque peu De ce fruit mûr.Là-bas est loin. au temps. c’est surtout Ici et maintenant qui sont inaccessibles. en même temps effacent ce qu’ils tentent de mettre au jour. Il s’agirait peut-être d’approcher les mots avec une espèce de retenue dans la . tout de même. « …le mot chevêche ou le mot safre ou le mot ciel / Ou le mot espérance… ». qui dénomment. Plus simple est de rentrer dans l’avenir Avec. un concept. ne laissant à la saveur de l’être que les débris de la « bogue ». la présence. au hic et nunc. dans laquelle sont posées les questions fondamentales de la présence divine et de sa disparition. nous retrouvons un réel déchiré. à ses réalités. pour tout à l’heure. éponyme du titre. face à une amande impénétrable. en nommant les choses. en nommant. toujours présent) mais avec l’espérance. est directement reliée. Toutefois. comme vertu cardinale chez Y. qu’ils transmutent « …toute fleur en idée de fleur …» et ainsi. Bonnefoy. dans ce lieu-là qu’est le poème : « … les mots qui disent le monde… ». puis de proses comme autant d’intermèdes. constante dans l’œuvre d’Yves Bonnefoy. de retour sur soi jusqu’à cette partie. par la grâce duquel Du bleu se prend au vert dans la nuit de l’herbe. en lieu et place de la présence. » ( L’heure présente 2011) L’heure présente de Yves Bonnefoy une lecture Hic est locus patriae Le Poème est le lieu véritable où se dit une présence. à l’instant immédiat. du pouvoir des mots de faire naître à l’existence. Dans ce livre où alternent des séries de sonnets. dans L’heure présente. Mais les mots. Plus exactement « … c’est ne pas savoir que les mots tranchent …». Cette considération . des limites tangibles qu’impose la mort ( ce fond d’univers. instant immense dans sa fugacité : « … C’est comme si / De ton errance aux pieds ensanglantés / Tu avais recousu l’irréparable. Une définition de la poésie où « rendre les mots à leur grand possible ». d’un cri. et son destin comme théâtral . il s’agit non seulement de déjouer tous les leurres du langage. qui introduisent une délicatesse et permettent de laisser s’établir une présence : « Avec. mais ceci de particulier qu’on appelle le concept. malgré « l’essoufflement » devant une Présence le plus souvent inaccessible – sinon dans l’éclair .. Ou encore permettre des formules de l’approche qui ne sont pas seulement des traits rhétoriques. de « leurres » certes. // Lègue-nous de ne pas mourir désespérés. « presque ». dit-il. fruit d’ombre que cette pierre elle aussi était devenue … ». entraînant dans des jeux d’ « illusions ». un art qu’Y. Bonnefoy. ne renonce pas. j’efface cette image / Qui ne sert que le rêve ».nomination : « Oui. trafiquants d’éternel. de l’éboulement d’une pierre dans les broussailles ? De l’impression que fait une maison vide ? Mais non. Bonnefoy met au jour dans sa passion pour la peinture . / Et qu’importe s’il est trop tard et si tu meurs. visages symétriques. « le masque que sont les mots de la poésie ». « apaisant d’un douteux savoir l’inquiétude originelle. qui ne savent que déteindre sur sa bouche. je te nomme. comme ceux du feu dans l’âtre. donnant à voir au poète qui travaille dans l’invisible et va s’enfoncer « jusqu’au cou dans ces branches. la forme. je vous le dis.Bonnefoy : « Heure présente. quelque peu / De ce fruit mûr. telles les images qui font écran à la nuit. Et de poser cette question anti-platonicienne s’il en est : « Y-a-t-il un concept d’un pas venant dans la nuit. « quelque peu » etc. et désire pourtant se ressaisir et se remettre à parler.qui n’est que la surprise des noms et des sons. et glissons. de « fumées ». / Et ta vie enfouit son front sur cette épaule. ( Douve. déjà un autre théâtre. Anti-Platon). « . rien n’a été gardé du réel que ce qui convient à notre repos. L’OREE DU BOIS . De là que soudain un éclair jaillisse – les termes de l’orage sont ici récurrents .. »(Douve. Il y a alors risque d’ images et risque des images : « Non. cette fuite devant le réel. intimement venant suspendre le courant de la lecture. frappe de vanité cette mélodie la plus sombre de mots qui masquent la mort ».. la couleur. » (id) Pour affirmer sa position de penseur et de poète : « Ce rire couvert de sang. images dans leur matérialité directe. / Reprends tes mots des mains errantes de la foudre. pour l’heure. une révélation fugitive du réel. pèse plus lourd dans la tête de l’homme que les parfaites Idées. » Pour Y. hésitation / Qu’a eue ce martinet prenant son vol / Qu’a-t-il vu qui le tint comme suspendu / Un instant dans le cri de tous ces autres ? ». parmi ces ronces… où nous perdons pied. d’autres jeux sur les parois de la caverne ( qui ne sont pas des ombres platoniciennes ! ). / Risque-toi / Dans même la confiance que rien ne prouve. Il reste que nous pouvons répondre à une injonction d’espérance.ombre. mais auxquels le très beau texte intitulé « De grandes ombres » vient redonner présence. poussant des cris » . absence du regard. par la grâce duquel / Du bleu se prend au vert dans la nuit de l’herbe ». ». comme nous y invite Y. où les noms ( ceux-là qui font image) sont plus vastes que les pays. / Ecoute-les faire du rien parole. Les tombeaux de Ravenne). Et j’ai là l’occasion de te parler. DIS-TU . Et ne me restent donc que des images Soit. qui feraient Que se détournerait. cette ardeur qui fut toute ma vie. Ton regard qui ne sait que l’évidence. presque. C’est comme quand il pleut le matin.Tu me dis que tu aimes le mot ronce. triste soudain. Et qu’on va soulever l’étoffe de l’eau Pour se risquer plus loin que la couleur Dans l’inconnu des flaques et des ombres. (Ce qui fut sans lumière-Mercure de France 1987) LE MOT RONCE . Mais je ne peux rien te répondre : car les mots Ont ceci de cruel qu’ils se refusent A ceux qui les respectent et les aiment Pour ce qu’ils pourraient être. vois-tu. Sentant revivre en toi sans que tu le saches Encore. des énigmes. non ce qu’ils sont. N’est-ce pas de savoir. Le mot ronce est semblable à ce bois qui sombre.Le mot ronce. Aimer cette lumière encore ? Aimer ouvrir L’amande de l’absence dans la parole ? (Ce qui fut sans lumière-Mercure de France 1987). dis-tu ? Je me souviens De ces barques échouées dans le varech Que traînent les enfants les matins d’été Avec des cris de joie dans les flaques noires Car il en est. vois-tu. Tu aimeras toi aussi l’eau qui brille. . Mais quand elle s’éteint contre la vague. La poésie. là où l’étoile Parut conduire mais pour rien sinon la mort. si ce mot est dicible.Et sur le bois noirci . Il y a des irisations dans la fumée. où le temps dépose Le sel qui semble un signe mais s’efface. Du feu qui va en mer la flamme est brève. où demeure la trace D’un feu qui y brûla à l’avant du monde . Il s’agit d’être au plus près des choses : Mais c’est la nuit maintenant. hors du temps. à des enfants Qui jettent des cailloux sur l’eau. je suis seul. leurs tuyaux sur des plates bandes Derrière des barrières. leurs appentis Où des meubles cassés. ( Ce qui fut sans lumière) Ce sont des lieux où passent des énigmes et posent les questions à notre conscience et à notre langue : « Qui parle là . décidant parfois De ma vie. Des brocs. si près de nous bien qu’invisible ? Qui marche là. des portraits sans cadre. sont ce sol. jadis. Les êtres que j’ai connus dans ces années Parlent là-haut et rient. (Ce qui fut sans lumière) . Furent aussi. dans l’éblouissement mais sans visage ? Ainsi venaient les dieux. et parfois des miroirs comme à l’aguet Sous des bâches. et je sais Que les mots que j’ai dits. quand la nuit tombe ». dans une salle Dont tombe la lueur sur l’allée . ma première Conscience de ce monde où l’on va seul. cette terre noire Autour de moi le dédale. infini D’autres menus jardins avec leurs serres Défaites. prêts à s’ouvrir aux feux qui passent. Ou bien l’un se détourne. riant. L’autre. qu’un rêve ? D’où viennent ces deux ombres Qui vont. gracieusement Dans son peu de mort. Et parfois deux flocons Se rencontrent. s’unissent. Et l’une emmitouflée D’une laine rouge ? (Ce qui fut sans lumière) . D’où vient qu’il fasse clair Dans quelques mots Quand l’un n’est que la nuit.De natura rerum Lucrèce le savait : Ouvre le coffre. Tu verras. il est plein de neige Qui tourbillonne. Reprends tes mots des mains errantes de la foudre. Ecoute-les faire du rien parole. dans la présence du monde : « Tu as vaincu. Son gonflement parfois. . ne renonce pas. interview d’Y. d’accomplir. Bonnefoy ) le lieu où confiance et espérance demeurent : « Heure présente. au plus près du réel. » (Ce qui fut sans lumière) « Dans un monde qui nous contraint de n’entrevoir les autres êtres et les choses qu’au travers d’un réseau de représentations abstraites. La forme qui se clôt dans toute vie . lui.La poésie est ce lieu de l’ouverture et de tous les possibles . il n’y a de salut que dans un emploi des mots qui les délivre de ces charges conceptuelles : ce que tente précisément la poésie… » « …ouvrir nos yeux sur ce qui est … » « Un poète peut bien éprouver de l’intérêt pour une pensée de philosophe. d’un début de musique. Et tu les laisses vivre en toi. de l’intérieur. ce qui interdit le plein des rapports. Tu écoutes le bruit d’abeilles des choses claires. tenter. et tu t’allèges De n’être plus ainsi hâte ni peur. cet absolu Qui vibre dans le pré parmi les ombres. » (Propos recueillis par Laurent Lemire. mais il a à comprendre que celle-ci ne parle que du dehors de l’acte qu’il doit. Mercure de France .Farrago .Le Seuil .1958 Ce qui fut sans lumière .Mercure de France .Risque-toi Dans la même confiance que rien ne prouve.Mercure de France .2010 L'heure présente .1993 Les planches courbes .1959 Arthur Rimbaud .Mercure de France .Mercure de France .1953 Hier régnant désert . PROSE L'improbable .2001 Raturer outre .Mercure de France .1961 Le nuage rouge . » ( L’heure présente – Mercure de France 2011) Eléments succints de bibliographie : POESIE Du mouvement et de l'immobilité de Douve .1977 Entretiens sur la poésie .Mercure de France .mercure de France .2001 Le coeur-espace 1945.Mercure de France .Galilée .1987 Début et fin de la neige . 1961 .Mercure de France .2011 etc.1991 La vie errante .1981 . Lègue-nous de ne pas mourir désespérés. Yeats . Pétrarque.Mercure de France .Flammarion . photographique Le lieu poétique de la musique Le lieu poétique comme rythme Le lieu des voix Haut de page Texte intégral Signaler ce document . filmique.2000 etc.1998 Baudelaire : la tentation de l'oubli -BNF .La vérité de parole . Leopardi. Edition du dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique .1988 Alberto giacometti -.2010 Traducteur.1981 Le lieu référentiel Le lieu du corps Le lieu du plaisir oral Le poème comme lieu du désir Le lieu comme présence ici et maintenant Le lieu et la quête du sens Le lieu formel ou lieu de l’image Le lieu de la page Le lieu poétique de la peinture Le lieu théâtral.Mercure de France .2006 Le siècle ou la parole a été victime . Keats. entre autres auteurs...galilée . La stratégie de l'énigme . de Shakespeare.1991 Théâtre et poésie : Shakespeare et Yeats .Flammarion . John Donne.Mercure de France . biographie d'une oauvre . et Qua pour celui par où l’on passe. découvrait dans sa profondeur une spatialité imprévue1. principe synthétique notionnel qui tient compte des éléments formels. tandis que pour celui d’où l’on vient il y a Unde et Quo pour celui où l’on va. Il s’oppose ainsi à l’espace perçu par la mécanique classique comme homogène. le poète s’est senti requis de façon profonde par les quatre pronoms du latin :  1 Cité par Michèle Finck. Yves Bonnefoy : le simple et le sens. 1989. 2Ainsi le lieu n’est-il pas une donnée mais un problème. si l’on interroge la locution locus communis. Ce chapitre construit une notion de topos extrêmement flexible. notion généralisante qui se dégage du texte. Le concept de lieu est même l’un des concepts les plus importants de toute la rhétorique. seulement vécue. neutre. Ainsi quatre dimensions pour fracturer une unité (une opacité) qui n’était donc que factice. même si lieu est plus général. Enfant. c’est un endroit situé sur une carte et qui entretient des relations avec d’autres lieux. on définit un espace d’intervalles. Ainsi Bonnefoy a-t-il toujours eu une passion pour les pronoms qui introduisent la question du lieu. cartographique. 4D’autre part.1La poésie est-elle le parti-pris du lieu ou. Le Où que le français ne faisait que contourner. Nice. Lieu. comme le veut Yves Bonnefoy. La singularité du lieu est relation entre présence et dimension. Entretien avec Béatrice Bonhomme sur « La poésie en français ». « sans qualités ». un endroit. au sens littéral. Dans son sens littéraire topos signifie thème. qui les met sous la dépendance de la théorie de la prédication.) . De la sorte. Yves Bonnefoy donne ainsi une définition intéressante du locus amoenus ou lieu d’élection :  2 Yves Bonnefoy. Deleuze. c’est Curtius qui introduit le terme topos dans le vocabulaire de la critique littéraire en lui consacrant le chapitre V de la Littérature européenne et le Moyen-Age latin. n(. le lieu du poème ou plus exactement pourquoi et comment le poème a lieu. revue NU(e). Le lieu spatial se définit comme qualifié. plus abstrait qu’endroit. les littéraires le retrouvent avec la notion de topos ou topoi. 3Les compléments de lieu qui répondent à la question « où ». une portion déterminée de l’espace. de « vitesse entre-deux ». est. Il se différencie. José Corti. Ce concept.. l’expérience poétique a bien lieu dans un dedans insituable. ainsi que leur définition. Ubi réfère seulement au lieu où l’on est. de l’espace en ce qu’il est unique et peut donc se définir comme une partie de l’espace réel. le désir du vrai lieu est-il le projet même de la poésie ? En tous cas.. lieu apparaît comme un terme de rhétorique. Le lieu a une valeur géographique. On trouve le premier inventaire des lieux argumentatifs dans les Topiques d’Aristote. pour définir le lieu du poème parlerait de « rapports indécomposables ». motif et peut revêtir les formes et les fonctions les plus diverses. « lieu commun ». de « rencontre ». dès lors. elle est elle-même ce dedans ou ce lieu. D’après Lausberg. du latin locus. un diastème qui sera essentiel en poésie. Il y a ainsi chez Heidegger dans L’Être et le Temps une critique sévère de l’espace au sens cartésien conçu comme le partes extra partes et son remplacement par la notion de distance incommensurable. les adverbes et les prépositions de lieu redéfinissent l’espace. Le vrai lieu n’existe pas sans le nom de lieu. Des recueils portent souvent le titre d’un lieu. est stylisé. le lieu formel et le lieu topique. dans les divers exemples que je prendrai au cours de cette étude. lieu-dit existant réellement. un lieu. topographie magique revisitée par l’enfance. référentiel. un ruisseau ou une source. Paysage d’enfance et de Vendée dans les textes de James Sacré. la poésie s’efforçant de gommer ou de transformer cette ou ces références sans quoi elle ne serait pas. des situations ou des personnes impliquées dans la vie. l’imagination. » Un paysage se constitue qui passe par quelques éléments comme des localisateurs dont on ne peut préciser s’ils sont métaphoriques ou référentiels. des fleurs et des chants d’oiseaux. nous verrons que ces différentes acceptions du mot lieu se recoupent et. 8Il s’agit de retrouver les traces laissées en soi par le passé. des cailloux sur lesquels ruisselle l’eau transparente : et plutôt vaudrait-il mieux dire l’» onde » comme tant le font au XVIIe siècle. Ces voix nostalgiques sont liées à une mémoire tactile et physique mais imprécisable. lieu d’enfance. j’aurais pu dire que c’est une pensée du locus : entendant par ce mot la représentation toute mentale qu’il advient qu’on se donne en rêve du rapport qu’on voudrait avoir avec le monde sensible. le Virgile des Bucoliques : un vallon. un bosquet ombreux. Cela est vrai aussi pour La Route bleue de Kenneth White qui devient une sorte de répertoire toponymique. transposé dans la remémoration. et en même temps la transformation de cet espace référentiel en espace fictionnel. L’enfance est là convoquée pour essayer d’installer dans la langue. bel et bien. mais des représentations. 5Le mot lieu est donc polysémique et distingue entre le lieu référentiel. peut-être un pré. transformées par le temps. « choisie »2. ma mère une contrée. Pour Bonnefoy. Ou l’inverse : mon père un langage (un patois par exemple). lieu-endroit. liée à des objets. l’enfance. Il y a un travail mnésique qui touche au mythe d’origine. Un locus de cette sorte. je ne dirais pas abstraites mais simplifiées et le mot onde à la place d’ eau révèle bien ce passage d’une parole ouverte à une parole close. celle de Cougou : « Mon père fut un pays. L’espace personnel. L’espace est ainsi projection affective de la mémoire. Il y a donc un lieu ou des lieux référentiels avec une poésie qui possède. le nom est le génie du lieu. lieu biographique. ma mère une langue. une base biographique. c’est celui qui est dit amoenus chez Théocrite ou Virgile. le poète étant défini comme un « cosmographe ».Pour résumer mon idée du classicisme. La topologie est ici indissociable d’une toponymie. . espace chargé d’histoire et de souvenirs qui s’attachent à des lieux. mémoire redoublant le trajet effectué pour le transformer en espace intérieur. Le lieu référentiel 6Tout d’abord. car il est clair que ces évocations ne sont pas des choses réellement existantes en quelque point de la terre. au roman familial. 7Le lieu de la poésie est le lieu de l’origine. le lieu référentiel. nous les trouverons souvent mêlées. Heather Dohollau intitule ainsi un de ses textes Le point de rosée. Cependant. car la poésie c’est la mémoire ou plutôt la remémoration. Il y a une sorte de . trace. L’œuvre résulte de plusieurs stratifications historiques. des latins à Rimbaud. rencontrent d’abord les terrains les plus récents puis gagnent les plus anciens. L’archéologue est l’incarnation de la figure du poète qui transmue le lieu en un champ d’exploration temporel orienté vers le passé. troublé par les souvenirs. comme un sentiment d’étrangeté à la France.) 11Car il y a. Le Théâtre du poème (vers Anne-Marie Albiach). La conscience poétique moderne semble naître de l’exil comme matrice du sens et force germinative. Ainsi le lieu de l’origine. la marge. décalées. odyssée. peut se comprendre. Le rapport au lieu devient alors l’approfondissement d’une dimension temporelle. le décalage. conjointement mémoire et oubli comme les deux phases d’un même mouvement.9La poésie semble donc chercher son lieu. La quête du lieu est métaphore de la quête du passé et prend la forme d’une navigation mais aussi d’une archéologie. est lieu tremblé. permettant une plongée de plus en plus profonde dans le passé comme un archéologue ou un géologue qui. Belin. de décalage.  3 Jean-Marie Gleize. Je retrouve ce « tremblé » chez Pierre Jean Jouve qui. 12Le lieu de l’origine. ainsi chez Jude Stéfan toute la culture. AnneMarie Albiach parle du renversement et de la perte d’équilibre. né à Arras. La périphérie l’emporte sur le centre. d’une dimension temporelle révolue. et cela même si Philippe Jaccottet montre que la poésie est également dépassement de la posture nostalgique. 10Mais cette dimension temporelle n’est pas seulement personnelle. ou d’éboulement. se sent surtout espagnol et se reconnaît comme un être d’exil. dans son oeuvre. le poème revient sur une naissance. Chez Anne-Marie Albiach3. La page accumule noms d’écrivains et citations. Le lieu est la lisière. il est ce retour en parole. dans leurs fouilles. dans de subreptices déviations. c’est ainsi toujours un peu l’exil. L’extrême contempora(. l’identification à ces origines tremblées. dans une sorte de témoignage archéologique et généalogique tout à la fois. tous les siècles passés sont convoqués et se mettent à circuler dans le poème à une vitesse folle. à l’êtrefrançais. Emmanuel Hocquard consent à l’irréductibilité du fragment qui privilégie « l’entre-deux ». hors les murs. inscription et effacement. Le vrai lieu est temporel. ce sentiment d’appartenir à la marge. dans ce côtoiement de l’abîme. comme pour Rimbaud qui cherche le lieu et la formule dans ce tutoiement avec l’extrême. la frontière. il postule le surgissement par fouilles archéologiques répétées d’une plénitude perdue. Le livre est maintenant un livre des marges. le passage. et par un sentiment très puissant de marge. tout écrivain n’éprouve pas cette sensation de décalé par rapport au lieu originel. nostalgie. lieu référentiel au départ. coll. On peut se demander si cette identité multiple n’est pas fondamentale à l’identité d’écrivain et si. Comme le dit Michel Deguy. dans une sorte de tourbillon. son origine.. corollaire de l’acuité du sentiment d’appartenance à la langue française. plus généralement. Ainsi l’œuvre de Stéfan semble bien ce lieu archéologique où la parole se débat dans un ossuaire mais la dimension de l’originaire qui fonde cette poésie est aussi exigeante recherche de nouveau.. à la fois. sorte de conjuration du létal. comme le battement même du poème. superposées. d’un même rythme poétique. Poète navigateur et poète archéologue. mouvement ouvert et disponible. Le lieu. Il est l’écart virtuellement musical. Qu’il se nomme carrefour ou lieu-frontière. pour René Char est un « non-lieu ». le lieu du langage est-il le lieu physique ? Le lieu n’est ni seulement la matière. « murmure doré d’une lumière de passage ». La poésie est passage. 13Pour Philippe Jaccottet. 14Apollinaire s’écrie : « Pitié pour nous qui combattons aux frontières de l’impossible et de l’illimité. le lieu du corps. La question de la modernité est aussi celle du métissage des cultures et des langues et elle fait le plus souvent du poète un traducteur qui parlerait entre deux lieux. il est la limite d’un corps propre. ni au vrai lieu. lisière. or traduire. Le passage devient le plus important. Pour Bonnefoy. Le destin de la modernité se joue au carrefour. la valeur de la poésie est de transitivité « faites passer » : Nous habitons encore un autre monde Peut-être l’intervalle (Airs)  4 Michèle Finck. il ouvre un passage de seuil en leurre et de leurre en seuil. ce point de vue qui permet d’assumer les forces conflictuelles. lui. des hésitations de l’homme et des tourments de la semaison. » L’oeuvre de Bonnefoy multiplie l’évocation des lieux-frontières et s’appuie sur quelques vocables qui les exaltent : falaise. j’y suis enveloppé. Par l’écriture. ni seulement la forme. mouvement que l’on retrouve dans une certaine manière d’échanger avec le monde. la préposition qui fait plus que tout autre sens est la préposition « entre ». Pour Jaccottet. le poète ne peint pas les choses mêmes mais entre les choses dans une poésie '64e l’entre-deux. En quoi. la poésie n’est pas non plus un lieu où l’on s’installe mais elle se trouve dans le lieu même des incertitudes. Le lieu. imperceptible. entre deux langues. op. de l’état du corps. je le vis en-dedans. le lieu poétique de la modernité est fondamentalement un entre-deux. il est ce personnage-frontière. celui qui prend en charge la préposition « entre ». Le carrefour est cet angle.vertige périphérique qu’attise l’absence d’un centre. le vrai lieu « fait vibrer en somme la corde de l’horizon ». ou encore à Abdelwahab Meddeb qui se déclare entre deux pays. Le lieu du corps 15Mais ce lieu référentiel dont nous parlons. Le passeur n’ouvre l’accès ni à l’autre rive. le retrait. passeur entre deux civilisations. Yves Bonnefoy. traducere signifie « faire passer d’une langue à l’autre ». Le poème est un transmetteur. Pensons à Salah Stétié qui se veut. Nous sommes dans le vase. Nous sommes originairement le lieu. « accueillance ». le lieu d’où s’écrit le poème. limite. il s’agit de signaler un passage. d’ailleurs. en effet. un intervalle. Si nous . dans une allusion rapide et légère. dans l’origine du mot s’inscrivant donc le mouvement inhérent au passage. cit. un intermédiaire entre le monde et le langage. seuil4. lieu de passage parfois troublé ou tremblé. centre occulté. fuyant. ce lieu où l’ici se charge de là-bas. Le lieu n’est pas extériorité mais intériorité des choses à mon propre corps. Bonnefoy identifie le poète moderne qui puise dans l’expérience de la limite sa force créatrice à la figure du passeur. peut constituer également un lieu de situation. Les Mots. « Le corps. « Il faut fixer la plume au bout des doigts ». 45. Paris. » Le mot poète veut dire littéralement « faiseur ». État. cit. je faisais la chasse aux vrais papillons. L’interrogation sur l’identité du corps (qui suis-je ?) et l’interrogation sur l’identité du lieu (où suis-je ?) ne sont qu’une seule et même question. op.. p. 109. C’est le corps qui écrit « je vis le texte comme un corps. leur épaisseur. le lieu. parle des objets... Qui touche au lieu. ce tisserand prodigieux des mots. 16Le lieu de la poésie a sa source dans le corps. Pour Bonnefoy. Les livres ont été mes oiseaux et mes nids.) 17Le lieu référentiel de la poésie réside aussi dans l’acte d’écrire. avec le dictionnaire et le papier. 1988. posés sur de vraies fleurs [. Folio. Le lieu du plaisir oral 18Le lieu poétique est aussi le lieu du plaisir oral. ce forgeur. Le parti-pris des choses est aussi le compte-tenu des mots. mes bêtes domestiques. dans En miroir. des paysages qui emportent sa conviction par leur présence. Il parle aussi et de façon complémentaire de corps à corps avec la langue. mon étable et ma campagne8. Le vœu d’une poésie faite corps est indissociable de celui d’une poésie faite lieu. leur évidence concrète.Marie Albiach . dans l’écriture comme acte physique. Mercure de France. p. L’origine de la poésie est quelque chose d’écrit dans le corps.]. Écoutons Saint-John Perse :  9 Saint-John Perse. fabriquant : tout ce qui n’est pas fait.. leurs trois dimensions. « le poignet tient l’espace au tout commencement6 ». le poète est celui qui réunit des matériaux comme un maçon choisit ses pierres. dans son corps.. (Dans le grand Larousse) je dénichais les vrais oiseaux. To(. cet artisan. . Œuvres complètes. Pensons également à ce que dit Sartre de son enfance. art de “faire”7. 44. Pour fêter une enfance II. dit ainsi Anne. Ponge. cité par Jean-Marie Gleize. 1987.Journoud. touche au sujet. Mercure de France. p. 154. 1971]. d’une physique de la pensée et de l’écriture. il s’agit d’un espace physique. nourrice ou réceptacle. leur côté palpable.retournons encore une fois à l’étymologie.  5 Anne-Marie Albiach. Le lieu constitue alors la dimension des choses « qui se font ». définit ainsi la poésie dans son sens le plus étymologique : « Poésie. le lieu visible en grec c’est la chora. tactile. écrit Ponge. Pierre Jean Jouve. plus vraie que celle du monde extérieur :  8 Jean-Paul Sartre. [1re éd.  6 Claude Royet-Journoud. ils sont le nouvel horizon et le salut du discours ». travail manuel. Le travail poétique est d’abord un travail pratique. n’existe pas. 71  7 Pierre Jean Jouve. déclare aussi Claude Royet. comme la projection d’un corps et de son image5 ». engagement physique. écrit ainsi Bonnefoy dans L’Improbable. lorsqu’il explique que pour lui le mot c’est toute la réalité. En Miroir « De la poésie ». Le lieu. Bonnefoy. ce terme garantissant un contact réel. dans l’être au monde. la transforme en présence qu’il est libre d’évoquer ou de faire disparaître. Pièces. par exemple. Plaisir de répéter. 19Tentative orale. un désir en quête d’incarnation. le poème rêve de s’incarner. maintenant. Gallimard. . De rien d’autre que de salive propos en l’air mais authentiquement tissus – ou j’habite avec patience10. n’aura de cesse de privilégier l’éloge de la présence et du simple au détriment des illusions de l’ailleurs et d’éviter les rêves romantiques pour se concentrer sur le hic et nunc. Freud a montré ce jeu de la bobine accompagné d’un couple de syllabes marquant le lieu : fort/da. c’est aussi une présence. Habiter est alors le maître mot. plus tard. En remontant un peu plus loin encore on trouve un stade. ce que Merleau-Ponty appelait « la chair du monde ». chair de l’autre. de se remplir de chair. la maîtrise. rejoint finalement ce phénomène primitif corporel et le comprend comme lieu originel de la poésie. « À quelles conditions le monde est-il habitable poétiquement ». toujours répétée. c’est aussi ce qui permettra. 112. pour reprendre le titre de l’oeuvre de Ponge. de pièces du corps. est également un plaisir musculaire et l’on pourrait souligner la parenté des rythmes corporels et des rythmes langagiers. un lieu archaïque du langage où les premiers mots se constituent d’investissements. Le lieu comme présence ici et maintenant 22La poésie.O mes plus grandes fleurs voraces parmi la feuille rouge à dévorer tous mes plus beaux insectes verts9. dans l’immanence au monde. à un principe de plaisir. de l’habiter par la parole. L’ailleurs est un ici. p. avec l’importance de la salive et le plaisir de la salivation :  10 Francis Ponge. avec la modernité. qui vaut pour la différence être/néant. là. Poésie. jeu par lequel il se console d’une absence. est une traduction de la scène poétique de l’alternance apparition/disparition. par lequel l’enfant scande la présence et l’absence de la mère. de morceaux. charnel avec le monde. qui construit un lieu avec les notions de loin et de près. Le poème comme lieu du désir 21Mais le mot. La scène du fort/da. chair du monde. 20Le lieu poétique répond. pour reprendre la formule d’Heidegger ou encore « car poétiquement toujours l’homme habite cette terre » pour évoquer Hölderlin. tentative toujours recommencée de combler la béance d’un objet perdu. La poésie est entrée dans le monde réel. Le plaisir poétique. La répétition poétique serait une sorte de surenchère érotique. à l’enfant de maîtriser l’espace signifiant l’absence de la mère. La dimension est notre rapport à la présence. plaisir oral. La poésie veut essayer de dire le monde. jamais assouvie. Poèmes 1960-1970. Pour Michel Deguy. Gallimard. passage secret. le moteur essentiel de la poésie c’est de déjouer les pièges de l’analogie et de l’identitaire : « Nommer la qualité différentielle. Idées. Le vrai lieu est cette terre où le mot lieu trouve sa voie vers le mot dieu. My creative method. initiatique. est une poésie itinérante. le lieu n’est pas la métaphore mais la tautologie. » La différence est le moteur du désir d’écrire et le moment de passage. Ouï-dire. . Transport comme errance. « le mystère du comme12 ». op. Ces deux sens se rejoignent finalement sur le plan de l’ontologie. in Méthodes.  13 Michel Deguy.  15 Michel Deguy. déplaçante et exprime le lieu. d’une présence physique des choses mais aussi d’une dimension sacrée. Le lieu formel ou lieu de l’image 25Image car. autrement dit d’un sens qui pénètre et assume tout11. dès lors. p. métaphorique. L’enjeu de la poésie du lieu est ainsi clairement défini : la recherche de la direction spatiale à suivre ne se distingue pas de la quête métaphysique du sens. Paris. Ainsi. Le « comme » est au carrefour des mots et des choses. la merveille. 1949. coll. 1973. 24Le parcours ontologique ne peut être séparé du parcours géographique. La poésie du sens.  14 Francis Ponge. le progrès14. c’est le « comme ». le lieu de la poésie. Gallimard. Certes il y a volonté d’une incarnation. le lieu formel. contagion. 41-42.Le lieu et la quête du sens 23Mais il s’agit aussi de chercher « l’acte et le lieu » de la poésie ou de redécouvrir la formule grecque du « vrai lieu ». transport de « porche en porche13 ». qu’on le regrette ou non. Il y a passage du sensdirection au senssignification. un parcours géographique. Gallimard. pourtant. voilà le but. Rimbaud entendait réinventer le lieu et la formule. dans l’univers verbal de Bonnefoy. Poétique est par vocation la recherche simultanée du lieu et de la formule. toute expression est déplacée. porte qui bat. La poésie forme seuil. Le « comme » est ce qui déjoue les pièges de l’identité. la médiation par l’image empêchant parfois d’habiter le monde conçu comme évidence première. cit. coll. sans rattachement bien sûr à aucune forme de mystique ou de dogme.  12 Michel Deguy. Une fausse image. Pour lui. 1966. Paris. Paris. comme pour Deguy. c’est de transporter et d’être transporté par la poésie au long de sa vie. peut constituer un obstacle à l’habitation poétique du monde. Au sujet de Shoah. et le langage d’Yves Bonnefoy découvre une adéquation substantielle confirmée par la musique des mots entre le vocable lieu et le vocable dieu : « Ils disent que les lieux comme les dieux sont nos rêves ». Pour Ponge. qu’on le veuille ou non. Poésie. une équivalence déterminante s’introduit entre le mot lieu et le mot sens :  11 Michèle Finck. chez Bonnefoy. Désormais. Mon orientation vers autrui ne peut perdre l’avidité du regard qu’en se muant en générosité. On pourrait parler d’entrelacement entre le lieu formel et le lieu topique. à tous. Pour cet effet de récit. en tant que personne autorisée mais l’échange des lieux était strictement interdit comme créant un bouleversement de la hiérarchie sociale. L’image poétique est l’altérité.26L’œuvre métaphorique. lieu formel. est recherche des autres. dans la compassion. ou moyens langagiers et de l’autre côté les topoi. parlait en lieu et place du souverain. lui aussi. entrelacement qui se réapproprie les formes du syntagme pour raconter une histoire sans utiliser les arguments habituels du récit. La poésie française au tournant des années 90. découverte de l’altérité. tandis que le lieu topique serait davantage celui de l’intuition. le lieu de la parole ne rejoint plus forcément le lieu politique de l’autorité mais parfois le lieu poétique de l’échange et du partage. les limites tombent et chaque esprit se voit devenu l’autre. » La poésie. lieu métaphorique. Le poème est porte.. Avec Ponge s’opère une sorte de révolution copernicienne. chez Hobbes par exemple. 29Le lieu formel serait donc le lieu de la représentation. flux et reflux qui constitue le pouls du poème. permet de propager une nouvelle idée de communauté. explique que ses poèmes « racontent une histoire ». 27Compassion qui est aussi celle de Ponge envers le monde.. Citons. Dans la théorie politique. Chacun doit comparaître devant l’autre. tous les autres : « Nous sommes tous des Juifs allemands15 ». amplification dans le rythme. en effet. Salah Stétié. comme insignifiants ou bas : « La boue plaît aux cœurs nobles parce que constamment méprisée [. les lieux intuitifs. je t’aime. dans la tradition poétique.. par exemple. Le lieu formel.  16 Entretien avec Camilla Gjorven. La valeur portée par les lieux formels n’appartient pas forcément à la logique du couple rhétorique possible/ impossible et relève plutôt de phénomènes sensibles et intuitifs. lieu rhétorique. celui occupant la place du souverain. seuil. chez Deguy. figures. Entre le lieu des arguments ou lieu formel. » Pensons aussi à la place de l’herbe dans la philosophie de Gilles Deleuze. n’épuise pas tout et la signification du lieu amoureux repose sur ce qui fait que l’autre est différent de soi mais qu’il porte une part de soi. le poète acceptant de sacrifier sa position naguère dominante du moi au profit d’objets extérieurs que l’on considérait. hospitalité offerte au passant. Le « Donnant donnant ». Mémoire de DEA. il est tourné vers le visage de l’autre. prendre sa place. dans une fraternité où il ne s’agit pas de confusion mais de rapprochement. Jean-Pierre Lemaire qui déclare : « La poésie est une seconde chance donnée à l’autre d’apparaître et aussi à ce tu16. À la théorie politique des lieux qui entraînait une théorie de l’autorité. pour une communauté refondée dans la compassion.] Boue si méprisée. Je t’aime à raison du mépris où l’on te tient. Pari(..) 28Là où il semble qu’il n’y ait plus rien ni personne apparaît l’autre. il y a un mouvement de vaet-vient. on peut penser à Bernard Vargaftig qui intitule un de ses recueils de poèmes : Un récit. Le lyrisme n’est plus personnel. Chacun s’imagine à la place de l’autre. . va se substituer une théorie du changement de lieu dans une volonté de se mettre à la place de l’autre. 30Il existe donc une sorte de creux entre le lieu formel et l’effet de sens puisqu’on a l’impression que quelque chose est raconté mais ce qui est raconté n’utilise pas. à la surface de la page. Les lignes et surfaces forment volume. 33Dès lors. funérailles. Le poème se présente comme un cercle ou une sphère. ne convient-il pas. marée 32qui avance et recule. Le poète entre funus. un espace fictif. ne semble jamais tout à fait donné en plein. le dictionnaire tel le coffre merveilleux d’Anacoluptères qui recèle. tisse un langage matière composé de mailles. L’objet du poème est deviné comme si on ne le voyait pas en plein. Sur la page imprimée . les insectes déposés de l’enfance. seul temps du poème. de déchirures et de superpositions. volume. Le tissu du poème construit un écheveau inextricable fait de plis et de replis. une tentative d’expression. cela donne lieu dans la langue. Le poème est un perpétuel commencement et revient sur lui-même dans un mouvement de spirale dans le présent. Plusieurs lignes composent des surfaces. cérémonie funèbre et funis. » 31Et cette constante répétition et recréation n’est que rythme. Le lieu formel implique un mouvement. Les énoncés se déplacent à gauche. mais qui joue cependant du référent et du lieu référentiel. inépuisablement à redire. désormais. et le lieu topique qui n’est pas le référent. quand on parle du lieu en poésie. Cela a lieu. Et c’est cet écart entre ces deux lieux qui revêt un aspect fondamental. De quoi est faite la surface d’un plan ? D’un autre plan qui crée une fiction d’espace. corde. les éléments du récit. le monde entier comme un dictionnaire à feuilleter. Dès lors. 35Revenons maintenant à notre définition de départ. le lieu comme partie de l’espace donnant à l’espace sa réalité et impliquant un rapport à la présence. parle-t-on de la topique 34ou du lieu formel ? sans doute s’agit-il des deux à la fois. en clair. entre fil de funambule et thanatos. câble. un commencement qui sans cesse se répète et se recrée. avec un jeu sur le prévisible et l’imprévisible. chez James Sacré. c’est peut-être d’abord et tout simplement la page qui n’est plus une simple surface. de faire l’inverse ? Le lieu de la page 36Le lieu c’est aussi le lieu du Livre et du Dictionnaire. La disposition du poème sur la page n’a pas ici une fonction décorative mais cela montre l’importance de l’espace et de l’écriture dans le phénomène poétique. en musique et en poésie ce qui est dit reste à dire et inlassablement. retombe et de nouveau s’élance. à des vitesses différentes selon des intensités variables. le lieu dans la poésie contemporaine. dans le poème comme espace. même de manière lointaine. en arrière. à droite. en avant. Nous avons tenté de saisir la position par la présence. Entre les topoi et la forme il n’y a pas toujours coïncidence. Plusieurs surfaces déploient des plans différents sur le volume de la page avec des caractères typographiques particuliers et une disposition particulière. ce qui est dit n’est plus à dire. Jankélévitch souligne ainsi la communauté d’enjeu entre la répétition musicale et la répétition poétique : « Dans un développement significatif. comme si on imaginait une vision de l’objet sans qu’on pense vraiment le voir. On pense également à Salah Stétié qui « demande à la calligraphie de venir ajouter sa propre inflexion aux inflexions de sa recherche18 ». dans sa poésie.. Le livre. Ainsi il y a substitution du lieu. Sur le vers français (1925). renvoyant ainsi à la formule d’Horace. sans être la terre promise. Le lieu poétique de la peinture 38Cet espace de la page constitue un lieu de représentation. du poème. la création de signes nouveaux.les mots exposent leur forme plastique. elle est constituée « comme la peinture ». en apparence. Apollinaire. Tous les poètes entretiennent avec des peintres ou des sculpteurs des relations d’amitié privilégiée et Butor va jusqu’à écrire : « Et moi aussi je suis peintre. de l’espace référentiel par un espace tout autre. requiert un traitement spécifique. « ut pictura poesis » Le rapprochement page et toile est l’une des caractéristiques de la modernité dont les origines remontent aux Tableaux parisiens de Baudelaire. je vois selon lui. Le lieu de la poésie se trouve dans la confluence poésie et peinture. une composante de son rythme. op cit. Salah Stétié rend. le tableau. la composition visuelle des différents éléments du langage lient le dessin au texte et l’on peut évoquer par exemple les calligrammes qui soustraient le poème à la linéarité immédiate. « Stétié et la calligraphie arabe ». ce processus de figuration qui transforme la terre en oeuvre et donc en lieu habitable. de sa vie. entre l’écriture et le blanc est la ressource particulière de la poésie et c’est pourquoi la page est son domaine propre17.) 37Cette mise en espace du texte propose une organisation spatiale des poèmes où la danse des lettres. d’après lui. Il est la condition même de son existence.. le blanc typographique est devenu un élément fondamental de l’écriture du poème. le montage de mécanismes linguistiques. Chez Michel Deguy. engagent. de sa respiration (.. toile. Le support et la surface d’inscription de l’écriture : pierre. du livre. bois. d’une certaine manière. n’ont pas cessé de demander aux peintres comment écrire. Où est le tableau ? Je ne fixe pas le tableau en son lieu. Nous ne voyons pas la chose mais le terme de l’approche de la chose puisque la peinture mime cette approche. Le peintre n’est pas le rival du poète mais son double nécessaire. Le blanc n’est pas en effet seulement pour le poème une nécessité matérielle imposée du dehors. La calligraphie réclamant de son exécutant une participation de tout le corps et en particulier du souffle. celui de la page. La peinture restitue un lieu qui n’est jamais déterminé. . hommage à cette cérémonie de l’écriture en multipliant. « la poésie n’est pas seule ». tissage de l’aller-venir de la verticalité stable et du mouvement horizontal. Le Théâtre du poème.). aller-retour du souffle. Ce rapport entre la parole et le silence. »  19 Jean-Marie Gleize. les motifs du souffle et de la respiration. Itinéraires de Salah Stéti(.. Pour Claudel :  17 Paul Claudel.  18 Paule Plouvier et Renée Ventresque. René Char et bien d’autres. quelque chose comme le récitatif dans l’oratorio. texte-théâtre. ostentation de sa fabrication physique. lapidaires n’ouvrant que sur l’évidence de leur illisibilité présente. sont d’abord corps. Le lieu poétique de la musique 41Mais le texte peinture... « comme sensible ». Le Parti pris des choses. c’est aussi la mise en scène. p. photographique 40Sur l’espace de la page interviennent. Poésie. et théâtre est aussi lieu musical. La poésie. 42La poésie est aussi une parole écrite comme transposition d’un parlé-chanté. coll.] elle est directement entée sur la force vitale21 ». comme le texte. à juste titre. leur incongruité de traces silencieuses ». pensons à la théâtralisation de certains poèmes du recueil intitulé. 189. devenircorps de la musique. Théâtre ou exhibition physique du texte.1179. mais elle tend bien plutôt à une pluralité de discours et d’approches dont elle pourra s’enrichir. filmique. « met en oeuvre ». outre le lieu de la peinture ou de la couleur. la musique. on peut également penser à la photographie et à Denis Roche déportant l’écriture hors de ses définitions pour la mettre en contact avec la photographie. texte-film. pour Michel Deguy. le poète comme le metteur en scène. En Miroir op. p. insulaire. le texte s’exhibe avec la totalité du dossier et la création est étalée. le sensible qu’elle abstrait. . cit. mise sur la table : « Tout a lieu en lieu obscène. Pour Pierre Jean Jouve.. texte-film ou photographie. le blanc pouvant être comparé aux noirs qui séparent les séquences d’un film. mais peut-être dans l’intersection des deux espaces19. les deux constituant une chose unique. Cela permet aux poètes une redécouverte de la matière ainsi Jacques Dupin parlant d’Antoni Tapiès évoque les « signes bruts et. le lieu de la représentation. est essentiellement désirante car pour être comme ce qu’elle désespère de ne pas être il lui manque l’esprit philosophique. Pierre Jean Jouve traite son texte comme un metteur en scène de théâtre ou un cinéaste. Le lieu théâtral.  21 Pierre Jean Jouve. le flot de lumière naturelle du dehors). la puissance évocatrice de la musique. « comme musicale ». spatialisation de la partition.39La poésie n’entend pas se comprendre comme une entité propre. la cantate ou l’opéra. Pièces. Jean-Marie Gleize signale le lieu et l’instant de la peinture comme un point qui ne se situe ni dans la pénombre du dedans (l’atelier ou le dépôt invisible des gestes en mémoire) ni dans la lumière du dehors (le visible et le vert. voire de la nature du théâtre dans lequel ils se trouvent. Dès lors on comprend à quel point l’idée fabuleuse d’opéra a pu séduire Jouve qui y voit l’union Musique et Poésie s’approchant d’un rapport parfait : la musique sur le texte et le texte dans la musique. Pour Michel Deguy.Texte-théâtre. « la musique est liée à la circulation du sang [. Francis Ponge lui-même se qualifie « d’acteur maniaque de signaux que personne ne remarque20 » car l’espace poétique. II. Gallimard.  20 Francis Ponge. C’est pourquoi elle sera « comme philosophique ». » Le poète se trouve obligé de repenser le placement des acteurs en fonction de chaque espace scénique. le féminin et le troisième qui est le un. un « espace d’effectivité » au centre de toutes les tensions contraires et croisées. le masculin. la parole poétique est comme l’écho d’une autre voix intérieure. » Pour Michel Deguy. Il y avait en elle une musique forte et immuable. « une transaction secrète. par intervalles. La voix est de chair et de sens. geste. Le mot étant alors cet être nouveau où se réalise enfin l’impossible union. les inflexions mêmes du discours qui soulignent les arêtes de la signification. récitée. le 3 égale 1. comme l’explique Philippe Jaccottet. On peut penser à Rilke et au chant d’Abelone : « Abelone était toujours là. substitut d’un art gestuel dont nos civilisations ont perdu le secret. alternance des voix masculines ou féminines : « Il y a trois sexes. la trinité23. l’union comme espace. moi intérieur qui a son double dans le coeur. Autre chose de plus caché et de plus proche. du corps. c’est le lieu de la voix. . chantée. l’homme et la femme forment « un en deux » et l’union donne accès à ce point d’espace qui est. grave pour une femme. Le rythme. une voix répondant à une autre voix » ? Le poème apparaît comme voix de réponse dans quelque dialogue secret. dite. Pensons également à Segalen poète-marcheur. d’être orale. mouvement. 44C’est le rythme. les voix pressantes aux paroles indistinctes et qui. aiguë pour un homme. voix de contralto androgyne. l’union donne accès à ce point d’espace. au départ. cette voix est expérience des limites du subliminal au sublime22. » À l’origine donc.. c’est celle de l’unité retrouvée à travers le mythe de l’androgyne. autrefois.La poésie avait vocation. la voix. Mais écrire de la poésie. de la sexualité. matière. du temps. selon la définition d’Hölderlin.Le lieu poétique comme rythme 43Le lieu poétique est donc musique et rythme. L’évocation d’un espace où se réalise l’unité. Le mot est. D’ailleurs elle avait une qualité. elle chantait. une virilité rayonnante et céleste. Cette scène est centrale à l’écriture. chaque instrument ayant son rôle locomoteur. Il y a. depuis l’enfance. on peut dire qu’il y avait un accent mâle dans sa voix. l’unité. mettant en évidence tel mot plutôt qu’un autre. L’union qui est le lieu. n’était-ce pas aussi. Dès lors la voix est aussi l’énonciation. Le poème dit un point où s’accomplit l’union. S’il est vrai que les anges sont mâles. Elle est le moyen d’une transposition immédiate et accomplit la coïncidence du corps et du langage. Un lieu où s’abolissent les catégories de l’identité. Le lieu des voix 45Derrière tout cela. ou bien auquel l’union donne accès. la voix du poème que l’on entend « cette voix de sa vie ». une section rythmique. le « gymnaste » de Francis Ponge nous rappelle ainsi comment le poète oblige le mot à faire des exercices de traction et d’élongation afin de remplir au mieux sa fonction « saltante/ exaltante ». dite en termes d’espace. comme le souligne Jean-Marie Gleize. ces mouvements de la parole dans l’écriture. se réveillent. Il existe un autre en soi. du coeur et de la pensée. c’est la façon dont on marche avec les rythmes différents des jambes. cet espace intérieur avec lequel le poète dialogue. Une fois dépassé la scission. La manière dont les voix sont distribuées dans le texte peut créer une imprécision par la variation féminin-masculin et l’émergence de l’androgyne. 15 Michel Deguy. 235. consacré à Yves Bonnefoy. p. 1966. cit. II. Let(. Poésie. En Miroir op. p. Gallimard. Paris-Oslo. Mémoire de DEA.. cit. 1973. p. Idées. Pièces. in Méthodes. coll. Folio. 1055. Paris. La poésie française au tournant des années 90. 5 Anne-Marie Albiach. 21 Pierre Jean Jouve. 41-42. Paris. 154. 20 Francis Ponge. Les Mots. p. 44. Le Théâtre du poème. Mercure de France.1996. 14 Francis Ponge. revue NU(e). Haut de page Notes 1 Cité par Michèle Finck. [1re éd. op. Sur le vers français (1925). 9 Saint-John Perse. En Miroir « De la poésie ». « Rilke et Valéry : la naissance du chant ». p. cit.1179. cit. p. Le Théâtre du poème.. Gallimard. 90-92. p. 109. 10 Francis Ponge. Le Théâtre du poème (vers Anne-Marie Albiach). Itinéraires de Salah Stétié. cité par Jean-Marie Gleize. 4 Michèle Finck. 1987. 1971]. op. Entretien avec Béatrice Bonhomme sur « La poésie en français ». Ouï-dire. 17 Paul Claudel. Mercure de France. 112. coll. op. 2 Yves Bonnefoy. « Stétié et la calligraphie arabe ». Yves Bonnefoy : le simple et le sens. 16 Entretien avec Camilla Gjorven. Poèmes 1960-1970. 1988. coll. Poésie. Nice. 1995. Tome II. Gallimard. Paris. Poésie. 22 Patrice Villani. My creative method. Gallimard. Pour fêter une enfance II. 19 Jean-Marie Gleize. p. p. Analyses et Réflexions sur Rilke.. Paris.)  23 Jean Marie Gleize. Yves Bonnefoy. 9-27. coll. 189.. 71 7 Pierre Jean Jouve. 12 Michel Deguy. Au sujet de Shoah. 13 Michel Deguy. 1993. Belin. État. Le Parti pris des choses. . Œuvres complètes. 6 Claude Royet-Journoud. 45. 11 Michèle Finck. 1949. 8 Jean-Paul Sartre. p. op cit. L’Harmattan. cit. mars 2000. José Corti. 1989. L’extrême contemporain. op. n° 11. p. 23 3 Jean-Marie Gleize. 18 Paule Plouvier et Renée Ventresque. Gallimard. p.. Haut de page Pour citer cet article Référence électronique Béatrice Bonhomme . 120. Articles du même auteur  Avant-propos [Texte intégral] Paru dans Noesis. une quête d’un sens par-delà l’usure des mots et les concepts : retrouver l’intériorité des choses que la langue conceptuelle échoue à atteindre parce qu’elle est simplifiante et pragmatique. op. La question qu’il pose.revues.org/index29. N°7 | 2004 Dans le leurre des mots Une lecture à l’usage des Terminales L. Lettres à un jeune poète. N°7 | 2004.html Haut de page Auteur Béatrice Bonhomme Écrivain et professeur à l’Université de Nice. La poésie d’Yves Bonnefoy est une quête d’unité. . p. Bonnefoy répond oui à cette question. Le Théâtre du poème. 1993. cit. c’est de savoir s’il existe autre chose que cette réalité fragmentaire rendue par la pensée conceptuelle. La beauté du monde qui nous entoure échappe au concept précisément parce que celui-ci n’a pas été inventé pour la saisir mais au contraire pour tenir à distance toute complexité esthétique et affective nuisible à sa démarche rationalisante. En 1994. 90-92. « La poésie et le lieu ». elle a créé la revue de poésie Nu(e).. Béatrice Bonhomme  a consacré une thèse à Jean Giono publiée aux éditions Nizet  sous le titre La mort grotesque dans les œuvres de Jean Giono  (1995). Ellipses. URL : http://noesis. mis en ligne le 15 mai 2005. Analyses et Réflexions sur Rilke. Consulté le 19 décembre 2012. 23 Jean Marie Gleize. p.22 Patrice Villani. bien-sûr. « Rilke et Valéry : la naissance du chant ». Les mots ont. une fonction conceptuelle très utile pour désigner tel ou tel aspect du réel et Bonnefoy ne nie pas la nécessité de cette langue qui « fonctionne ». Noesis [En ligne]. on pourrait confronter le discours utile et précis du scientifique qui dans sa démarche descriptive botanise la rose d’une part et le poème bien connu de Ronsard qui renvoie plutôt à cette émotion face à l’éphémère beauté. indicible presque toujours. de l’en deçà de la chose conceptualisée c’est à dire ramenée à un ou quelques aspects seulement de sa vérité profonde.Pour simplifier. Le paradoxe et la difficulté viennent de ce que le poète n’a que ces mêmes mots usés par le concept pour trouver le chemin vers l’intériorité. la pleine conscience de l’imperfection. par delà la lucidité. L’étude de Dans le leurre des mots révèle la démarche auto-référentielle du poème: dans cette partie des Planches courbes. cette « présence » ressentie qu’il faut bien dire. qu’il est vital de sauvegarder. Dès lors la poésie de Bonnefoy se fait travail sur la forme sur une mise en synergie des signifiants et des phonèmes pour retrouver l’unité et la totalité perdues. beauté ultime » [1] qui existe si pleinement et que les mots peinent à rendre au plus juste. ce passage à l’intérieur de la chose vue » à la recherche d’une profondeur invisible souvent. La modernité poétique de Bonnefoy. . Difficulté accrue par l’époque qui a perdu le sens du mystère des choses simples et s’est détournée de la poésie. adhésion qui n’est pas renonciation ou complaisance mais qui. suffisante beauté. place l’écriture poétique au cœur du thème « des mots » : cette partie du recueil met en abyme la poésie et associe d’emblée l’écriture au mensonge et à l’illusion « le leurre ». Le titre lui-même (le vrai cette fois) présente cette ambiguïté qui est au fond l’emblème de la mission du poète Yves Bonnefoy depuis le début : faire dire à la poésie cette « Beauté. revendique un espoir résolu : « Je pourrais…/N’être que la lucidité qui désespère/…/Mais il me semble aussi que n’est réelle/Que la voix qui espère… » [2] . La relation d’inclusion qu’elle exprime signale une adhésion à ce « leurre des mots » . c’est bien l’écriture poétique qui est le sujet même du texte qui aurait pu s’intituler « la foi poétique à l’épreuve du doute ». Il faut donc tenter de ressaisir ce qui risque de se perdre dans l’extériorité inhérente à la pensée conceptuelle… alors nécessairement la musicalité des mots individuellement et entre eux compte pour beaucoup dans l’expression du non-dit. donc. c’est peut-être cette « conversion du regard. S’agirait-il de l’aveu d’échec du poète qui regarde son œuvre considérable au soir de sa vie ? La préposition choisie « Dans » écarte cette hypothèse ou du moins la précise. Cette ascèse de la langue explique peut-être la proximité de Bonnefoy avec l’œuvre de Giacometti : l’un comme l’autre semblent astreints à une épuration de la matière jusqu’à l’essence. Le titre Le titre. une mer. dit la plénitude du souvenir nostalgique restitué par le rêve. même de nuit. Si le découragement semble effondrer le poète dès la première strophe. dans l'inquiète Attente de la flamme qui hésite. Lecture plus approfondie de la première partie(1-9) On peut encore approfondir le découpage structurel à l’intérieur de la première partie. la métaphore filée du feu qu’on prépare et qui prend malgré les obstacles signale cette foi indéfectible en un espoir aussi modeste soit-il. Ce n’est donc qu’en apparence que le rêve nous protège des failles du langage. et l'étincelle Sous les branches mouillées. Le premier feu à prendre au bas du monde mort. ce « rêve de la nuit »4 semble au poète plus proche de l’unité. Et le bois qu'on rassemble. Dans la dernière strophe.Doute n’est donc pas désespoir ni renoncement : c’est en pleine conscience du « leurre » et pris dans ce piège de mots que la poésie doit tenter de démêler l’illusion de la présence ellemême. La première partie. L’interprétation des rêves que la psychanalyse nous enseigne montre l’importance – et donc le risque . l’adverbe signale l’impossibilité d’échapper tout à fait aux mots et le poète aussitôt de s’interroger « …est-ce possible/Ou n’est-ce pas que l’illusoire encore » [4] . Yves Bonnefoy reste convaincu qu’il se niche au cœur du poème. L'ancre jetée. Et si demeure Autre chose qu'un vent.du langage dans le rêve lui-même. N’empêche. il se ressaisit bientôt pour rendre hommage à la poésie en une profession de foi lyrique. Car le rêve n’échappe pas à l’hégémonie du langage : il joue même sur les polysémies et étire sa matière au fil des sens. par au-delà presque le langage » [3] libéré de la tyrannie des mots. La seconde partie de Dans le leurre des mots compte huit strophes placées cette fois sous le signe de l’éveil. et. que deviendra la précieuse promesse du rêve à l’épreuve des mots et de la poésie. Ce dernier permet d’ « Aller. Il s'agit d'une aporie commune à bien des poètes! La structure La structure reprend cette dualité inhérente à l’écriture poétique. La première parole après le long silence. Les strophes 1 à 6 constitueraient un premier bloc placé sous le signe d’une plénitude sans parole aux circonstances oniriques. de la réconciliation au monde et au temps et il exprime d’ailleurs le souhait de retrouver un peu de cette quiétude au réveil. un récif. Le constat reste valable : « Injustice et malheur ravagent le sens/Que l’esprit a rêvé de donner au monde » [5] mais s’il doit rester un espoir de sauver une juste parcelle de sens. Enfin « presque ». La question semble posée : que restera-t-il du rêve par delà le sommeil. constituée de neuf strophes. . Je sais que tu seras. les pas titubants sur le sable. encore. sein nu. référence au temps cyclique de la nature mais aussi lien jeté vers le passé retrouvé en cet instant. la seconde semble indiquer la présence d’une femme qui. Exigence du départ (Vénus/poésie) Consentement au rêve Nécessité du départ . vie… » : l’enthousiasmante vision rêvée puise dans le réel les choses aimées pour nous convier à une sorte de fête de la réconciliation et de l’harmonie. demandons.La première strophe décrit cette plénitude en reprenant des champs lexicaux déjà présents. c’est encore l’harmonie des voyelles douces répétées et qui se font écho de loin en loin « sommeil. « mûri ». année. l’ « or » et le « feu léger » suggèrent chaleur et bien-être tandis que « grappe ». un peu sur le ton de l’enfant qui voit sur la place du village arriver les premières caravanes des manèges qui reviennent… Les strophes 2 et 3 sont construites en parallèle selon une double opposition : STROPHE 2 Vers 1  10 MAIS Vers 11 à 16 Le repos d’Ulysse valorisé. légitime. Sur le plan des sonorités. « des souffles ». nos voix. L’annonciatif du premier vers « C’est le sommeil d’été cette année encore » fait paraître celui-ci comme une invite à ce moment délicieux retrouvé. choses proches… » ou encore les nasales « encore. La « nuit » et le « sommeil » ouvrent un univers onirique. « accueillent ». l’ « été ». L’harmonie entre ces valeurs positives est assurée par des verbes qui connotent le lien : « environnent ». montagnes…» mais cette contemplation n’est pas torpeur et une joie de vie se fait entendre avec les voyelles aiguës « été. transmutation. « vin » et « terre » tout en confirmant la saison apportent vie et fécondité et rappellent l’attachement du poète aux choses simples qui font la beauté du monde. si la première occurrence est employée métaphoriquement pour désigner la terre nourricière. sans doute. pour l’essentiel. La féminité tient sa place dans cet idéal nostalgique sous deux formes : maternelle avec « sein nu » et amoureuse avec « mon amie » . dans les sections du recueil qui précèdent Dans le leurre des mots . « rencontre ». or. donne plus de prix à l’évocation. La dimension onirique se manifeste dans une matérialisation de ce qui pourrait être la substance du rêve : « la transmutation des métaux». métaux. mûri. L’unité des éléments cités semble empruntée au meilleur des souvenirs : l’adverbe inaugural « cette année encore » place l’évocation sous le signe de la répétition. « une fumée rencontre une fumée ». fond. vin. la « présence » au monde est là comme presque visible. La métaphore principale des Planches courbes est filée ici en une allégorie de la poésie concrétisée dans le . « proue/eau noire ». le poète consent au rêve. » exprime tout à la fois une forme de consentement et une source de plénitude.STROPHE 3 Vers 1  10 Lui cependant Par la grâce de ce songe Vers 11 à 16 Intention du départ Bonnefoy prend l’illustre personnage d’Ulysse pour symboliser la quête du poète. La troisième strophe révèle les interrogations que suscite le rêve d’Ulysse. reviennent à Ulysse pour nous dire sa différence « lui cependant ». Le rêve permet en effet de renouer avec le passé. abolit ou du moins rend perméables les frontières du réel à l’onirique et ce « bras d’existence sur terre » délimite cette frontière que fait frissonner le sommeil du héros. Les vers 1 à 6 questionnent le rêve d’Ulysse et proposent quelques hypothèses en réponse. Le rare abandon du héros « Ce fut comme un frisson de sa mémoire/Par tout son bras d’existence sur terre/Qu’il avait replié sous sa tête lasse. La force du mythe laisse deviner le recours de Bonnefoy à celui-ci : entre réalité et songe lui-même. rend plus réel l’irréel. Les antithèses se suivent pour dire cette frustrante condition humaine entre aspiration et inertie: « débordants/fermées ». Le bras du héros par métonymie renvoie à tout l’accompli. « s’ouvrir/se refuser » [8] . à la quête de poésie. comme lui. enfin. L’ambiguïté du rêve est décuplée par le mythe et le héros mais le symbole est clair. il quitte le rêve pour suivre sa quête : rentrer chez lui pour l’un et peut-être pour l’autre aussi. Le quatrain suivant (vers 7 à 10) quitte le « il » pour le « nous » : un « nous » embarrassé d’une pesanteur existentielle qui l’empêche d’accèder à la poésie du monde pourtant si proche. Comme lui. enchanté de ses présences : sorte de rappel à l’ordre. de retrouver des souvenirs enfouis que la poésie peine à restaurer et que le rêve consent à livrer spontanément quoique confusément dans un « frisson de (sa) mémoire [6] ». le mythe. vers cette « maison natale » où le ramène sa poésie. « Et par la grâce de ce songe que vit-il ? » [7] On distingue trois parties dans cette strophe. de rappel à la mission. Les vers 11 à 16. La distinction que fait alors le poète entre « il » (Ulysse) et « nous » exprime peut-être l’admiration pour la détermination du héros et la faiblesse du poète à s’installer dans la paix du rêve. à cette mémoire faite de grandeur et d’horreur que le sommeil convoque. poussé par le désir du retour. la transition s’opère avec en plus. Evoquons aussi l’autre sens du mot qui renvoie à la perle dont on dit que son eau. Dans les cinq derniers vers se développe en effet un long complément circonstanciel de temps introduit par « les soirs » suivi de deux descriptions. écume. « feu/cendres ». rame. Le rêve ne délivre pas de l’ambiguïté : il est tentation et danger à la fois. écartée par « non tant de » renvoie à la réalité observée « en direct » de la beauté du monde et s’oppose à la seconde qui nous ramène au rêve avec la métaphore de « la masse d’eau qui …dévale avec grand bruit ». trouvant la force de quitter l’île et toutes les îles pour gagner le large guidé par une étoile qui grandit… incarne finalement le poète dans sa quête de présence. Cette densité tumultueuse de « l’eau du rêve » semble rassembler l’ambivalance précédente : cette matière mystérieuse du rêve inspire le poète comme nous l’avons vu mais en même temps elle trouble celui-ci qui peine à trouver les mots pour la décrire. Le champ lexical de l’illusion hante ces lignes : « mensonge. nous reconnaître/A travers la beauté des souvenirs ». Pour autant cette difficile alchimie du verbe porte en elle une séduction que la bonne volonté du poète ne peut contenir tout à fait : finalement ceux-ci disent toujours « plus » ou « autre chose » que ce qui est et le poète de constater cette indigence renouvelée dans l’expérience poétique. mensonge ». ce sens ajouté par connotation : perle/trésor/beauté. nous perdre. les souvenirs essentiels qui façonnent l’être. Cet « orient » peut signifier la direction cardinale vers laquelle se dirige Ulysse « Un soir ». La première. Toujours la poésie semble buter contre les mots. avec le même orient » [9] . Car le rêve ne garantit pas du leurre des mots. La dernière phrase de la strophe s’étend sur huit vers et sa syntaxe nécessite plusieurs lectures. Le mystère de la poésie est bien là dans cette conscience de quelque chose qui mérite d’être dite en plus du simplement visible et dans le rapport difficile aux mots pour trouver le chemin de ce supplément de vérité enfoui. leur mise en poésie peut être sincère et honnête comme semble le rappeler l’épithète « humble » et le poète tente de les maintenir dans une relation vraie au monde qu’ils peuvent seuls décrire. étoile ». Mais le doute lucide fait alterner les évaluatifs opposés : « beauté/mensonge ». mer. sa couleur sont d’un bel orient : de l’étoile qui guide Ulysse à la fin de la strophe précédente à la perle. peut-être. direction qui lui assure de trouver au plus tôt la lumière. tension enfièvrée et risque d’apparence. cet « orient » se précise bientôt comme tourné vers les souvenirs : « Aller confiants. « affres/bonheur ». l’illusoire. . Le rêve semble alors un moyen de renouer avec la mémoire perdue. Le grief du poète contre les mots se précise : « Partout en nous rien que l’humble mensonge/Des mots qui offrent plus que ce qui est/Ou disent autre chose que ce qui est ».voyage maritime « île. Ceux-ci ne sont pas volontairement trompeurs si l’on peut dire. trompeur. Tel Ulysse encore. L’élan semble directement inspiré du modèle enthousiasmant d’Ulysse comme le signale explicitement le premier vers « Aller ainsi. Ulysse reprenant sa rame. La quatrième strophe alterne élan lyrique et doute lucide. Cette eau qui monte progressivement cache. La métaphore renouvelée de la « perle/étoile/beauté/poésie » clôt la strophe sur cette aspiration à la beauté. comme à portée et pourtant fugace. [u] dominent largement les deux strophes de leurs sonotités douces. C’est encore la métaphore de la poésie avec le « nautonier ». reprises toutes ensembles dans l’invitation finale « Endormons-nous… ». la « poupe ». C’est cet espoir qu’on retrouve dans les strophes 7 et 8 au travers d’un vocabulaire mélioratif exprimant l’apaisement d’une part et de l’évocation de l’enfant qui renoue avec une origine idéalisée par le registre nostalgique d’autre part. Le doute. si je trouve le temps et l'inspiration. d’un lien : c’est la « rive nouvelle ». La répétition de « on ne sait » traduit cette hésitation... La sixième strophe qui met fin au rêve exprime en même temps la difficulté du sens à donner aux signes qu’il offre. construite comme un oxymore : le nom renvoie à quelque chose de terne tandis que l’adjectif décrit l’émission d’une luminescence contenue dans la matité même… Densité du signe perçu malgré l’obscurité par ailleurs exprimée : ainsi cette présence que cherche le poète est-elle bien réelle. « la corde » jetée que « des mains » saisissent enfin. l’hésitation sont aussi exprimés : « on ne sait si…ou… »… La deuxième partie de la strophe se fait invocation comme l’indique le vocatif « ô rêve de la nuit » pour réclamer une réconciliation de la nuit et du jour sur la base du modèle apaisé et protégé de la première. celui-ci offrait plus de proximité avec l’unité de la vraie présence retrouvée et qu’à ce titre il permettait au poète d’approcher un peu vérité et beauté du monde sensible. « une autre terre ». Là encore les images récurrentes du recueil viennent dire le désir d’un passage. Tout se passe comme si. malgré l’ambiguïté du rêve.La cinquième strophe reprend la métaphore liquide en même temps que l’ambiguïté du rêve. La question du réveil se pose alors comme une inquiétude.. La métaphore des arbres « […]trop sombres/ Pour qu’on y reconnaisse des figures » reprend l’expression du difficile déchiffrement des signes du rêve. cette incertitude… Pourtant l’espoir reste perceptible au cœur du doute. Les sonorités accompagnent cette confiance sereine : les [ã]. comme dans La maison natale. dissimule. le « léger bruit de l’eau » placés sous le signe des « étoiles ». une incertitude entre la perte possible de ce contact ténu et l’espoir d’une vie meilleure. Mais c’est surtout une dernière expression qui retient notre attention « matité phosphorescente ». [1] Dans le leurre des mots (p74) [2] ibid (p77) . apaisantes.. [õ]. L’épithète « tiède » réintroduit en effet l’entre-deux (ni chaud ni froid) en même temps que la tentation (tiède=agréable). indicible sinon imperceptible. plus « confiante ». le sol. A suivre. velouté. pour connaître son aspect. elle grandit.[3] ibid (p73) [4] ibid (p71) [5] Dans le leurre des mots (p77) [6] Dans le leurre des mots (p71) [7] Dans le leurre des mots (p72) [8] ibid [9] ibid LES ENJEUX DE LA POÉSIE " La présence est l'enjeu de la poésie" ( L'enjeu occidental de la poésie) Yves Bonnefoy a écrit de nombreux essais sur la poésie dans lesquels il explique que la poésie est le seul moyen qui permette d'avoir une relation au monde plus vraie. sa couleur. Bonnefoy explique que l'anémone a pour voisine la pâquerette. elle fane. et là seulement. le concept appréhende-t-il un aspect de la réalité de la fleur. tantôt au soleil ou sous la pluie. tantôt à l'ombre. idée qui s'apparente à l'image de la fleur dans le livre du botaniste. la fleur que je vois est dans un pré. tandis que le second évolue. Ainsi. c'est que le premier. je pourrais aussi l'appréhender par l'ouïe grâce au bruissement des feuilles. sa couleur. doux." ( L'enjeu occidental de la poésie) Dés lors Bonnefoy parle de Présence. à savoir l'idée. il convient de se familiariser avec quelques notions. sa parente. dans la même page du livre du botaniste. s'il s'agissait d'observer un arbre. il s'agit d'une perception immédiate et naturelle du réel : " La rose du botaniste côtoie dans le manuel l'églantine. " Hic et Nunc" ( ici et maintenant ). par mes yeux qui vont enregistrer sa forme. dans un vase. Par ailleurs. l'idée que l'on se fait d'une fleur est toujours le même. est immuable et intemporel. c'est-à-dire sans que nous ayons une relation sensorielle à la fleur. le concept détache l'objet ( ou l'être) de son contexte. alors que la réalité de la fleur est tout autre. pour dire le réel. Mais avant d'évoquer la spécificité de la poésie selon Bonnefoy. et meurt ( c'est ce que Bonnefoy appelle la finitude du concret par rapport à l'abstrait) Ainsi.. elle s'épanouit. par le toucher. à telle saison et pas à telle autre. mais de manière abstraite. La rose en tant qu'existence avoisine. et cette présence suppose la perception de la réalité par les sens et dans ce qui l'entoure à un moment clairement déterminé qui fait que cette réalité ne sera plus jamais la même puisqu'elle est soumise à l'emprise du temps et à la loi de la . par mon odorat pour déterminer son odeur. et c'est à jamais. se transforme. Ce qui différencie le concept du concret. ou tout simplement que l'idée que je me fais de la fleur est isolée alors que la réalité de la fleur est tout autre. sa forme. pour un reprendre développé par Yves Bonnefoy dans L'enjeu occidental de la poésie. tandis que j'appréhende la fleur réelle. et pour quelques jours seulement. rêche. quelques tulipes mais aussi bien ce vieux mur ou cette fontaine dans un certain jardin . elle.. les allitérations. il n'en reste plus qu'un souvenir qui. il faut bien admette qu'il interdit toute communication avec autrui. l'aventure poétique permet d'aller au-delà de aspect conceptuel des mots : " Aller. Pourtant. les assonances. "l'homme est un être de langage". aux normes du langage conventionnel : le langage poétique est différent du langage conceptuel en ce sens qu'il ne fait pas seulement référence à l'idée de la chose exprimée mais parce que par les sons qui le composent il en dit plus. Par le langage j'exprime la notion de réel mais pas le réel. il faut admettre qu'il arrive que la perception sensorielle du monde soit telle qu'elle est indicible car on sait bien à ce moment précis que toute verbalisation serait une atteinte à l'authenticité. des strophes. l'absence de mots. qui sont autant d'éléments qui permettent au poète de se rapprocher de la Présence : on est passé "du visible à l'audible" dés lors. mais une image de cette présence. et les concepts sont concurrencés. feuille". un exil" ( Entretiens sur la poésie) Aussi à la question fondamentale que pose Bonnefoy dans La Poétique de Nerval : Qu'est ce qui se perd quand on a recours à des mots ?" on peut répondre : le réel. mais il s'agit d'un langage qui échappe à la logique du rationnel. il faut faire le deuil de l'expression de la la présence de par l'infirmité des mots à dire l'immédiat et seul le silence. de volume. bien sûr. leur autorité en est affaiblie. Le poète ne choisit pas les termes au hasard. peut rendre compte de la Présence. affirme-t-il." ( L'enjeu occidental de la poésie) Yves Bonnefoy revisite la définition de la poésie. par la poésie. ne peut pas être la Présence. soit par emphase. pour Bonnefoy. Mais. De plus.matière qui est la finitude. l'homme peut accéder " au seuil de la Présence". c'était la primauté du formel qui le distinguait de la prose. soit par insuffisances ce qui impose des méprise. Les Planches courbes) Il faut se méfier des mots qui sont souvent inaptes à traduire le réel. c'est le regard d'un auteur sur le monde : " La poésie ne saurait être la seule maîtrise des syllabes et de leur accentuation mais une . Aussi la Présence est-elle le fait d'un instant et sitôt cet instant passé. il se sert de mots pour dire le monde. le voile qu'ils jettent sur la réalité se déchire. comprenons. Le langage éloigne donc de la véritable perception du réel. Contact est rétabli avec la présence. Dans ce cas. le mot s'attache moins à dire la réalité de la fleur que l'image que je me fais de cette réalité. à l'intensité du réel. de sonorités et ainsi il pourra jouer avec les rythmes. ce sera par opposition à "fleur". " La parole en cela est une perte. comme s'il s'agissait de n'importe quelle fleur dont l'image est inchangeable. des rimes. Pendant longtemps. par exemple. tel le recours à la catachrèse en raison de l'absence de terme pour désigner. en tout cas il est aminci. des vers. et même si parfois le silence est éloquent. Mais le poème c'est aussi un sens. des règles." ( "Dans le leurre des mots". le bras du fauteuil ou le pied de la montagne. le poème était identifié à une forme. il va au-delà du sens donné dans le dictionnaire. Pourtant la poésie est langage. Cette relation au langage diffère de celle que nous avons dans la communication banale de tous les jours qui ne prête pas attention au son mais au sens du mot : " Qu'elle ( la poésie) emploie les mots à partir des sons. mais pour tout un ensemble de signifiants. par au-delà presque le langage " tel est le désir du poète qui veut s'affranchir du leurre du langage : "Partout en nous rien que l'humble mensonge Des mots qui offrent plus que ce qui est Ou disent autre chose que ce qui est. Par ailleurs. mais les mots se substituent aux choses et aux êtres : la fleur est "le mot fleur" et si je dis "tige". hyperbole ou toute forme d'exagération. s'en approcher de très près. " ( c'est l'auteur qui souligne dans L'enjeu occidental de la poésie) Notes sur la poésie : Yves Bonnefoy Publié le 04 mai 2009 par Florence Trocmé C’est vrai qu’il n’est plus guère possible. du " vrai lieu" ." La poésie ne produit pas des objets formellement identifiables mais est l'expression de la relation personnelle. de la présence même qu ce discours abolit. celle de comprendre la réalité hors langage — la finitude — et d’y inscrire notre existence en se vouant à ces lieux qui sont peut-être chargés d’un sens que le simple concept ne sait pas dire. n’est-ce pas l’expérience ultime ? C’est là. parmi tant d’objets fabriqués. de décider celui-ci une vaste nuit non respirante. dans le discours. Ainsi. et la poésie c'est ce qui permet de se tenir au seuil de la présence. Ce lieu qui appartient à un l'enfant quand il découvre le monde et qu'il se trouve " au seuil du langage" ( L'enjeu occidental de la poésie) : " J'estime qu'on peut définir la poésie da la façon la plus spécifique et fondamentale comme un ressouvenir..d'un homme au monde dans ce qu'elle a d'essentiel ( à ce sujet on peut se référer à Giacometti qui a voulu dans ses sculptures exprimer un "réalisme vrai" épuré de tout ce qui est "inessentiel". Et il est tentant de ne voir qu’énigme et silence dans ce fragmenté. l'écriture poétique devient dés lors quête de transparence. se perd à nouveau sous les rêveries du moi. le néant mêmes. non étoilée : l’absence. jetés. perçue et valorisée comme telle. les mots ne doivent être une fin mais un moyen pour dire au plus juste le réel et se méfier des images parce qu'elles ne sont qu'" une approche partielle de ce qui est"( La parole poétique): " Affirmer le simple : c'est tout de même bien plus. à en faire de l’art abstrait. une pensée de l’irréalité de l’être parlant au sein même de sa parole . pour Bonnefoy. un substitut de la vie ou prenant plaisir à faire jouer les ressorts du vocabulaire ou de la syntaxe. Ce qui incite à chercher refuge sous le couvert du langage.. que l'on ne peut plus qu'approcher. voici où est le péril.. vendus. de justifier un emploi des mots faisant de la fiction. une sensibilité affinée. nous imaginons ? Savoir cela et vivre avec ce savoir. qui sait chez Rimbaud qu’il faut être « au monde ». consommés. paradoxale. donnant du sens à leur vie. et qui tente. leur assurant présence à eux-mêmes et à leur lieu proche. . pour ne pas dire unique. cela résonne plus haut que la création de quelque nouvel univers" ( Le Nuage rouge". transformés en d’autres.appréhension plus poussée de la réalité extérieure. Le « je ». achetés. dans ce désordre du là-dehors. sans plus savoir ou vouloir savoir qu’ils sont faits pour une tâche tout autre. à les considérer en eux-mêmes. de se sentir participer de cette unité de tout qui prenait jadis dans ses flux et reflux la finitude des êtres. Existe-t-il rien d’autre. en effet.. Dés lors. c'est-à-dire présence. de sorte qu'il ne reste plus de la représentation de l'homme qu'un corps décharné). que ces mots et cette syntaxe avec lesquels nous agissons. de cet espace temps où le réel était perception immédiate. paperblog.fr/1892201/notes-sur-la-poesie-yvesbonnefoy/#gHBO79DkRtEgJZ1Q. Une telle pensée. Yves Bonnefoy. radicalement. à cause de l’étymologie de ce mot où ne se révèle pourtant que l’antique réduction des poèmes au point de vue de la rhétorique. dont la transitivité foncière est perçue comme une illusion. éditions du Seuil.99 .tenues pour la seule raison non utilitaire d’écrire. ne s’arrogeant pas moins le droit de se dire une « poétique ». et ses créations foncièrement esthétiques. Et c’est là magnifier la littérature — cette fois c’est bien le mot qui convient — mais en méconnaissant. Notre besoin de Rimbaud. En savoir plus sur http://www. la poésie. 61-63. p. 2009.
Copyright © 2020 DOKUMEN.SITE Inc.